jeudi 2 octobre 2008

Exhibitionnisme religieux en Tunisie

Cet article ne prétend pas donner de réponse.

Il aspire à poser une question qui m'interpelle de plus en plus. Ayant été élevée dans une famille croyante, pratiquante et modérée, je n'ai jamais entendu mes grands-parents débattre de l'islam; ils faisaient leur prière, ont été à la Mecque...l'islam était là, une religion, une culture et une pratique d'amour et de don. Peur-être cette discrétion de la religion trouve-t-elle jusqu'à aujourd'hui en moi un écho d'une profondeur telle que l'exhibitionnisme religieux des tunisiens m'interpelle. J'appelle exhibitionnisme religieux la multiplication de signes qui se prétendent religieux ou ayant un quelconque lien avec la religion. Il va sans dire que je n'ai rien contre ces signes s'ils sont du domaine de la liberté individuelle(et la plupart le sont); je ne juge pas et en bonne férue de psychanalyse je sais que juger est le meilleur moyen pour ne pas comprendre et encore moins pour analyser.

Je tente donc d'analyser: Le voile, la barbe, la horka, les prières collectives de plus en plus prisées, le coran dans les cafés, les boutiques et même les souks, la seb7a, le regard inquisiteur à qui mange pendant le ramadan, le regard qui fusille à qui commande une bière...Tout ça est selon moi un exhibitionnisme religieux car un Homme qui croit en profondeur n'a pas besoin de multiplier les signes de sa croyance et la psychanalyse nous apprend qu'à chaque excès de signes équivaut un vide si profond qu'on tend en vain à combler. En effet, on convient tous que Dieu n'a pas besoin de ces signes et on convient que Dieu "juge" les intentions et les "cœur", donc le non visible; et si ces signes cités sont si visibles, ne seraient-ils pas un moyen de montrer à l'autre, aux autres qu'un tel appartient à une religion. Et qui dit "autre" n'oublie pas que soi même est un autre, alors à ce point les gens ont-ils besoin de prouver et de se prouver qu'ils sont musulmans? a ce point un islam pudique ou le divin serait seul ancre et horizon n'est plus accessible? à ce point les musulmans n'arrivent-ils plus à accepter la présence de Dieu par son absence, à ce point tentent-ils de lui substituer plusieurs signes, quitte à crier sur tous les toits:JE SUIS MUSULMAN?
Ou alors, y aurait-il une autre piste que le malaise psychique, à savoir la piste du social et ces signes seraient-ils un moyen dérisoire pour préserver une prétendue identité qu'on sent menacée et attaquée.
Je ne prétends avoir de réponse mais je vous avoue que j'ai la nostalgie d'une Tunisie ou les croyants n'avaient nul besoin de s'exhiber pour chercher un réconfort illusoire dans le regard d'un autre chimérique, et je crois que quand on aime vraiment on n'a pas besoin de "partouse" aussi religieuse soit-elle

Olfa Youssef

2 commentaires:

jed a dit…

Oui, ces observations sont très importantes. Mais Je pense, Olfa, que la religion elle-même était toujours de nature exhibitionniste dès la nuit des temps; dès Baal, Marduk et notre fameux Hubal. Les polythéistes, contrairement à ce que disent les accusations des monothéistes exclusivistes, croyaient toujours à un seul être suprême et invisible, mais ils avaient besoin de concrétiser cette croyance. La statue de Hubal n'était jamais un Dieu elle-même (seuls pour les naïfs crédules), elle était juste un symbole divin pour les leaders et les vrais religieux de Kureish. L'idolâtrie émane d'un besoin instinctif de symboliser. Nos facultés linguistiques, par exemple, sont un autre produit de cette habitude de symbolisation.

Pour que Dieu existe et soit une idée fixe et stable pour l'homme 'instinctif,' Il doit être symbolisé. Pour la plupart des gens, l'idée de Dieu ne peut pas exister dans l'absolu sans être renforcée par la sacralisation des textes, des lieux, et des personnes qui jouent tous le rôle de fétiches qui, selon la psychanalyse Freudienne, remplacent le 'réel'.

Quand on lit l'histoire de l'islam on voit que les musulmans avaient toujours cette habitude de fétichisme; bon c'est flagrant surtout chez les chiites, mais aussi chez les sunnites. Un exemple: En Tunisie, et en Afrique du Nord en général, puis qu'on n'a pas de Mecca, ni de lieux sacrés, on a inventé les Sidis, qui ont cet effet d'incarner le numineux (Jung) ou le quasi-divin (le quasi-pèlerinage et les offrandes que vous savez).

La religion, tout comme la langue, consiste à attacher le spectral à un corps, donner une forme à l'impalpable. Mais tandis que cette forme obtient le statut du repère commun pour tous les croyants, le spectral, qui représente la vraie spiritualité et le vrai sens de l'existence, reste toujours amorphe, impossible à assimiler.

C'est pour cela, je pense, que les croyants ont ce besoin d'exhiber leurs croyances, une tentative à étouffer le doute intérieur.

Unknown a dit…

je suis du même avis que notre chère olfa, l'exhébitionnisme réligieux est une manière, pour certaines personnes, de révendiquer leur identité, de symboliser leur appartenance en s'attribuant des signes révélatrices tout à fait conforme à la liberté individuelles mais s'oppose à un principe qu'on doit défendre c'est la laîcité. je termine avec ce dicton:
l'habit ne fait pas le moine