mardi 23 septembre 2008

A propos d’un article de Dalenda Larguêche et Raja Ben Slama Tape-à-l’œil et mystification

Pour prouver que mon chemin est le bon, je n’ai nul besoin de dénigrer celui de l’autre.


<<>> ne m’appartient plus. L’écrivain ne devient-il pas écrivain à l’instant même où il renonce à son livre ? Ce renoncement qui est l’essence de toute action humaine semble avoir tellement révolté certains lecteurs de mon ouvrage , que j’ai décidé d’en parler longuement plus tard et en temps utile.
Désormais le livre appartient au lecteur qui n’y retrouvera que l’écho de ses angoisses ou de ses aspirations les plus enfouies. Partant de là, je m’étais promise de ne point donner suite à quelconque critique de l’ouvrage ; et si je suis en passe de faillir à ma promesse, c’est non point pour dire une vérité en laquelle je crois ; mais c’est bien pour essayer de prémunir le lecteur contre toute tentative de manipulation .L’article de Larguéche et Ben Slama étant en l’occurrence une tentative subjective de manipulation qui ne saurait échapper à tout lecteur avisé et objectif.
Dans cet article , je passerai outre à tous les jugements idéologiques dont m’ont accablée mes interlocutrices ; je passerai outre à tous ces jugements vides à l’évidence de tout sens référentiel tangible , car à mon avis ils ne font qu’exprimer pleinement le psyché de celles qui les profèrent. L’emploi de termes tel que <<>> ou <> ne sont pas sans me rappeler certains débats politiques où les accusations fusent de partout et où les névroses les plus profondes se croisent .De tels jugements sont indignes d’Universitaires qui aspirent à une lecture scientifique.
Je passerai donc outre les jugements idéologiques , car le sens profond de mon ouvrage est un appel à la suspension de jugement ;condition nécessaire pour quiconque tente de comprendre et d’analyser. J’ai explicité en mon ouvrage que nul n’a le droit de juger l’autre , et que la loi n’a jamais été un but en soi, mais qu’elle est uniquement médiatrice entre les hommes.
( j’espère que vous me pardonnerez l’emploi du terme homme pour dire être humain, il s’agit d’un vieil usage qui ne comporte aucune appréciation de valeur).Dans ce livre que vous taxez de réactionnaire , j’ai insisté sur le fait


que le sens premier d’un texte même sacré ou sacralisé est perdu à jamais, et que l’on ne peut être qu’à l’affût de sa trace . La résultante étant qu’aucune interprétation du texte coranique ne représente l’intention divine ; elle ne fait tout au plus que représenter les conceptions de l’interprète.
Je suis même allée plus loin en réfutant toutes les considérations d’ordre moral afin de démontrer que la loi ne peut être lue que dans son esprit. Du reste plusieurs traditions du prophète le prouvent (pp-47-53). Ce livre est donc un essai sur l’éthique et non sur la morale tel que l’affirment Largéche et Ben Slama.. Il ne pose pas le Bien en face du Mal, mais le Bonheur en face du Malheur et le Plaisir en face du Déplaisir.
A travers cette distinction entre éthique et morale, j’ai affirmé à la suite d’éminents psychanalystes que la seule vérité est vérité du désir , laquelle vérité est par essence inaccessible. Mais les choses étant ce qu’elles sont , devrais-je donc m’excuser de ces propos proférés avant qu’il ne s’avère que certains lecteurs avaient un accès privilégié à la vérité scientifique, et qu’ils s’étaient donné pour mission une défense contre les amalgames et les mystifications. Cette prétention voire même cette arrogance est sidérante , d’autant plus qu’elle cache comme toute prétention des ignorances flagrantes sinon une mauvaise foi délibérée.
Le Duo Larguéche-Ben Slama me fait dire ce que je ne dis point;
par exemple : si j’use du savoir psychanalytique pour interpréter des versets coraniques , elles prétendent que j’affirme que les dires de Dieu et de Lacan sont tout simplement interchangeables.. Confondant ainsi entre le texte et la lecture du texte, entre l’objet et le regard que l’on porte sur l’objet. Et si une faible assise philosophique peut expliquer cette confusion, je n’ai trouvé aucune explication à la totale déformation de mes dires. En effet je n’ai jamais prétendu que la désobéissance aux parents faisait partie du “shirk” , j’ai même affirmé le contraire : à savoir que l’idolâtrie des parents au même titre que certaines amours désordonnées et surtout l’idolâtrie de sa propre image font partie du “shirk” (p-66). Les parents ne sont pas l’origine de la vie mais la figure de son commencement , et c’est pourquoi le prophète et non Olfa Youssef intégre le « uquq » (qui n’est pas la désobéissance ) dans le “shirk” , à moins que Ben Slama –Larguéche ne croient elles que mes dires et ceux du prophète sont interchangeables.
Mes contradictrices m’ont même incitée à relire mon ouvrage pour y rechercher une prétendue apologie de la société islamique et une prétendue confirmation de <>, mais peine perdue je n’y ai retrouvé qu’une critique virulente de tous ceux qui réduisent la foi religieuse à ce qu’elle n’est pas : à savoir une pratique rituelle mécanique vidée de tout sens (p-39).


Il est vrai que je n’ai pas condamné le voile, et pourquoi le ferai-je moi qui ne cherche nullement à juger, mais à analyser . il est vrai que cette position peut être inconcevable pour celles qui, encore aliénées au joug idéologique jouent aux inquisiteurs féroces sous le masque de défenseurs des droits de l’Homme.
Mais le clou de l’article de Ben Slama et Larguéche est d’ordre méthodologique. Ces dames affirment que la réconciliation entre la psychanalyse et la religion n’est que <<>>, elles affirment :<<>> .A la lecture de cette phrase je me suis dit que jamais usage d’un pronom impersonnel n’aura été plus judicieux ; car il cache si bien le <<>>. Il n’y a aucun mal à ne pas savoir , j’insiste dans mon ouvrage sur la relativité savoir et sur l’illusion d’une connaissance rationnelle érigée en idole (p-70-72). Il n’est nullement honteux de ne pas savoir , mais il est dramatique de jeter le discrédit sur les autres, alors qu’il aurait suffi d’une bonne bibliographie pour éviter ce discrédit gratuit et inutile.
Et puisque j’ai insisté sur le fait que le sens profond de notre vie est le don (pp-17-18), je me permets de vous proposer certains titres qui expliquent le dialogue , voire même la réconciliation possible entre psychanalyse et religion - Dolto Françoise : Les Evangiles et la foi au risque de la psychanalyse ou La vie du désir, Paris, Gallimard 1996 –Drewerman Eugen :Fonctionnaires de Dieu, Paris, Albin Michel 1993- Romanens Marie : Le divan et le prie-Dieu, psychanalyse et religion- Descléé de Brouwer 2000-Sibony Daniel :Psychanalyse et Judaïsme, Questions de transmission, Paris, Flammarion 2001- Vasse Denis :l’Antre du désir et le Dieu de la foi, Lire aujourd’hui Thérèse d’Avila , Paris, Seuil 1991….
Ce ne sont là que quelques livres d’initiation , et si Larguéche et Ben Slama ont la patience de les lire , elles découvriront que le psychologique peut croiser le spirituel et que l’individu est en mesure, à travers le savoir psychanalytique critique de rencontrer une foi basée sur des questions sans cesse renouvelées et sur un accès non balisé aux chemins des profondeurs.
Lorsque ces consœurs accepteront de se déloger de leur moi solide, ancré dans les polémiques sociales et les illusions délirantes , elles pourraient comprendre que les théologiens ne représentent pas la religion pas plus qu’elles même ne détiennent la vérité scientifique.
Et elles avoueront peut-être que la différence symbolique entre le féminin et le masculin est au centre de la théorie psychanalytique , du moins Freudienne et Lacanienne. Et peut-être avoueraient elles pas honnêteté scientifique que


l’image inconsciente de la mère n’est pas fabriquée par l’imaginaire d’Olfa Youssef aussi triste et angoissé qu’il soit. Olfa Youssef n’a instauré ni le concept clef de <<>> , ni inventé la distinction entre Autre du désir (mère) et Autre de la loi (père) et ce n’est pas elle qui a crée de toutes
pièces la complexité de la phase oedipienne chez la fille . En fait elle n’a fait qu’user de concepts psychanalytiques consacrés pour lire la tradition du
prophète.
Quant au concept d’interchangeabilité des rôles, il a ses limites car jusqu’à nouvel ordre c’est toujours la femme qui est mère de naissance , et c’est à travers elle que le fœtus puis le bébé est plongé dans le bain linguistique . Ce sont des psychanalystes lacaniens qui affirment :<<>>. C’est le symbolique , et non l’anthropologique qui nous fait êtres sexués et mortels.
Sexués et mortels, deux adjectifs qui angoissent certains lecteurs de mon ouvrage et qui leur fait refuser de dépasser la conception plate et superficielle de <<>> . Et si cette conception sexiste n’exprime que les phantasmes des Fukahas et leurs névroses , se rebiffer contre une nouvelle lecture de ce hadith n’exprime que la phobie des lecteurs et notamment des femmes. Plutôt que d’affronter ce hadith pourtant faisant partie intégrante de l’inconscient collectif, elles préfèrent le taire exactement comme tout névrosé refoule ses angoisses. Il est bien clair quand on prend la peine de lire l’article de Ben Slama et Larguéche que son moteur est une angoisse phobique , c’est la phobie des fondamentalistes intégristes, des <<>> et des <<>> Cette phobie qui frôle la paranoïa ne leur a pas permise d’écouter mon ouvrage , car écouter l’Autre en vérité n’est pas le réduire à ses propres attentes et projeter sur lui ses tourmentes les cachées.
Et c’est parce que vos phobies ont entravé un échange de parole entre nous que je vous dis tout haut ce que vous n’avez pu déceler par vous même : mon livre ne porte aucune atteinte aux droits des femmes , et si vous le relisez vous y trouverez l’assertion d’un manque à être , propre à tous . Ce manque qui est le lien entre les différents articles de mon ouvrage , marque aussi bien les hommes que les femmes. En effet, le féminin qui désigne l’individuel, le


désir et la foi manque de signes au collectif , à la loi et à la religion , et le masculin qui désigne le collectif , la loi et la religion manque de signes à l’individuel, au désir et à la foi. En chacun de nous individus si petits que nous sommes existe ce clivage qui fait que Dieu seul conjugue aussi bien l’unité que l’unicité.
Si être sexués marque le clivage de l’Homme , être mortels le renforce. Et c’est là votre seconde angoisse. En fait le renoncement est un chemin sans cesse parcouru par qui sait qu’il ne donne pas la vie et qu’il ne la reprend pas : c ’est le chemin de celui qui arrive à désespérer de soi et à espérer en Dieu comme le dit bien Denis Vasse. C’est le chemin de la paix où l’individu –homme ou femme- découvre qu’il se doit de penser , de créer, de faire et
d’agir ; mais que les conséquences de son « agir » ne dépendent pas de lui. C’est le chemin de l’amour où il n’y a aucune jalousie et où l’homme sait qu’il n’est que second dans ce monde et que la vraie volonté , celle du désir n’est pas la sienne mais celle de l’Autre.Le renoncement n’est pas désespoir , il est espoir libéré de l’illusion imaginaire de puissance , illusion bien ancrée par la civilisation matérialiste , qui en gavant l’homme de besoins pour la plupart inutiles, oblitère le chemin du désir et exacerbe le malheur des humain
Quant à moi, je ne désespère pas que vous puissiez écouter l’autre loin de vos préjugés et angoisses. J’userai à ces fins du seul pouvoir dont je dispose , celui de prier Dieu pour qu’un jour vous réalisiez qu’il y a une autre vérité que la pseudo-vérité scientifique et la pseudo-vérité intégriste. Cette vérité autre nous fonde en sujets désirants mais échappe à toute objectivation. Je prie Dieu pour qu’un jour vous sachiez vous aimer en vérité et peut-être , peut-être alors en retrouvant la quiétude comprendriez vous que pour prouver que votre chemin est le bon , il n’est nul besoin de dénigrer celui de l’Autre.

Olfa Youssef

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